• Marie

Subodh Gupta

Subodh Gupta est un artiste indien de renommée mondiale qui vit et travaille à Delhi, et qui a notamment fait l’objet d’une rétrospective à la Monnaie à Paris l’été 2018.


Subodh Gupta travaille sur l’anti-monument. Il utilise des objets du quotidien issus de la culture indienne et les assemble pour construire des statues imposantes, parfois monumentales. Ces œuvres sont, à l’image de la nation indienne, une profusion d’objets provenant de microcosmes et formant, lorsqu’ils sont rassemblés, un ensemble qui évoque l’idée d’un cosmos.


Les objets chez Gupta sont donc considérés selon leur identité individuelle mais détournés de leur fonction d’origine et considérés comme appartenant à un ensemble. C’est par la démultiplication et l’accumulation d’objets appartenant à un même champ lexical que Gupta construit une œuvre d’art. Les nombreuses références aux ready-made de Duchamp et aux accumulations d’Arman nous permettent, à première vue, d’envisager Gupta comme un descendant des nouveaux-réalistes français.

Casseroles, pots à lait, seaux, ou ustensiles de cuisine en acier inoxydable : les objets toujours vides, utilisés par Gupta, sont liés au champ lexical de la cuisine, et à défaut de contenir de la nourriture, à celui de la faim, malheureusement encore présente dans un grand nombre de foyers indiens et notamment dans les campagnes où a grandi l’artiste.



Jal Mein Kumbh, Kumbh Mein Jal Hai, Subodh Gupta


Ces objets sont également tournés vers le passé et tendent à souligner une forme d’archaïsme encore présente dans une grande partie de l’Inde. On trouve par exemple dans Jal Mein Kumbh, Kumbh Mein Jal Hai (en anglais The water is in the Pot, the Pot is in the water) de 2005, des références à l’antiquité grecque puisque l’œuvre est une accumulation d’amphores, qui viennent se confronter à une thématique actuelle présente en Inde, celle de la migration.

Le champ lexical des objets choisis par Gupta contraste délibérément avec l’aspect final des œuvres qui est très « contemporain », dans le sens où il connote une certaine artificialité. Le rendu est gigantesque, métallique et froid. En s’appropriant les codes de l’art contemporain de la scène internationale, Gupta propose au public des œuvres dont l’esthétique est tout à fait comparable à celle de Jeff Koons ou d’Anish Kapoor. Les œuvres de Gupta viennent se fondre dans l’imagerie commune que le public se fait de l’art contemporain et en deviennent presque « cliché ».


Very Hungry God, Subodh Gupta, 2006

Son œuvre emblématique, Very Hungry God, l’a d’ailleurs rapproché des travaux de Damien Hirst, et du très célèbre For the love of God, véritable icône de l’art contemporain. Attention à ne pas trop vite étiqueter Gupta de Hirst indien. Si la comparaison entre ces deux œuvres est révélatrice d’un profond gap entre les thématiques actuelles des artistes indiens et celles des artistes occidentaux, le crâne de Damien Hirst a été créé et exposé pour la première fois en 2007, tandis que le Hungry God de Gupka a été réalisé un an auparavant, en 2006. D’autre part, le crâne fait entièrement de diamants est synonyme de vanité chez Hirst, tandis qu’au contraire, il évoque chez Gupta la mendicité des nomades Sadhus issus de la culture hindouiste.

En présentant des sculptures démesurées répondant aux codes occidentaux, Gupta nous oblige, consciemment ou non, à littéralement lever les yeux vers sa contemporanéité et nous sensibilise à des thématiques qui nous sont étrangères et qui pourtant sont bien réelles.


Laudine Jacobée - Coco & Galago

 À très bientôt ici ou ailleurs ! 

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