• Marie

Jitish Kallat

Jitish est un artiste contemporain indien qu’on ne présente plus dans le milieu de l’art contemporain mais qui reste encore peu connu du grand public européen. Il s’illustre dans la peinture, la photographie, le dessin, la vidéo et les installations sculpturales. Il est représenté en Inde par la prestigieuse galerie Nature Morte.

L'artiste travaille sur notre appréhension des objets et du temps qu'il considère comme variables, et joue notamment avec la notion de temporalité, en mêlant le présent et le passé. Ses thèmes sont la vie et la mort, étudiées comme des cycles. Il récupère, il déforme, parfois dégrade, ou même détruit.

Pour découvrir les grandes étapes du travail de Jitish et comprendre son Oeuvre dans son ensemble, je vous propose d’étudier trois groupements d’oeuvres représentatifs de l’artiste.


Les Eclipses


Dans cette série, Jitish Kallat illumine la jeune génération indienne, représentée en quasi icône devant un soleil dont on peut dénombrer les rayons. Cependant, derrière cette apparence que l’on pourrait hâtivement qualifier de pop, on remarque une abondance dans les détails qui évoque le chaos de la ville. Surpopulation, bidons-villes, débris : la tête des jeunes, symbolisée par leur chevelure en pagaille, est pleine d’un étrange bazar. Leur vie, leurs souvenirs et leur quotidien sont personnels et pourtant s’entrechoquent, formant un ensemble cohérent.

L'artiste nous livre donc ici une série de portraits qui ne désigne pas des personnes dans leur individualité mais plutôt comme appartenant à une unité, représentant finalement peut être plus la ville de Mumbai elle-même, d'où est originaire l’artiste, que ses habitants.

Une ville colorée, joyeuse, mais également en désarroi, et en recherche de soi-même.

On reconnaît forcément une trace laissée par Andy Warhol dans le traitement des visages, la répétition des motifs très colorés et pourtant maculés, mais la comparaison s’arrête ici puisque Jitish réalise presque entièrement ses œuvres à la main, contrairement à l’utilisation de l’impression chez Warhol.


Les Fruits

Les oeuvres de cette série sont des photos de format identique, présentées en mosaïque, de pommes et de mangues. Les photos ne sont pas à l’échelle microscopique mais néanmoins prises en très gros plans de façon à ce que le spectateur oublie l’objet-fruit et regarde le motif. L’artiste joue ensuite avec le cercle chromatique en modifiant les couleurs de ses motifs avec leur opposé chromatique. Pour la mangue par exemple, l’orange devient bleu et ses points noirs deviennent blancs. Ainsi, d’un objet du quotidien que l’on tient dans sa main, Jitish créé une entité galactique où explose une infinité de supernovas. Jitish nous offre ici sa vision du « Céleste dans le terrestre ».

On peut considérer qu’il existe un parallèle entre cette série et Epilogue (2010-2011), série de photos macroscopiques de 22 889 lunes vues par son père durant toute sa vie et présentées ici comme des rotis (pain traditionnel indien qui se présente comme une crêpe et dont l'apparence est lunaire). Cette fois, Jitish joue à introduire le terrestre dans le Céleste.


Les discours


Cette série est composée de trois œuvres : Public Notice réalisée en 2003, Public Notice 2 de 2007 et Public Notice 3 de 2009.

Chacune des œuvres de cette série reprend un grand discours de l’Histoire dont Jitish considère que le texte peut s’appliquer à notre époque. Série engagée donc, qui permet à l’artiste d’envisager l’Histoire comme un cycle à temporalité variable. Jitish supprime la notion de temporalité chronologique pour remémorer au spectateur un passé qui est toujours d’actualité.



La première Public Notice se présente sous forme d’un miroir sur lequel les paroles du discours « Destiny » du Premier ministre indien Nerhu ont été brulées, déformant littéralement le message du texte et le reflet des spectateurs dans l'oeuvre. Jitish questionne la résonance d’un tel discours dans le monde actuel. L’œuvre a été créée en réponse aux évènements tragiques qui ont eu lieu à Gujarat en 2002.



Public Notice 2 reproduit le discours du Mahatma Gandhi prononcé la veille du départ de la marche Dandi de 400km en 1930, lors de la lutte des Indiens contre l’oppression britannique et notamment contre la loi sur la taxe du sel. Le texte est écrit par Jitish avec des lettres en forme d’os, comme symbole d’une violence fossilisée. Rappelons que le discours de Gandhi appelait à "la désobéissance civile complète", la seule restriction qu’il donnait aux révolutionnaires était de maintenir la «paix totale» et la «non-violence absolue».

A cette notice, font également écho les œuvres Autosaurus (2007) et Aquasaurus (2008), des sculptures grandeur nature de moyens de transport très utilisés en Inde, construites en résine sous forme de squelette également, et qui font référence aux nombreuses émeutes qui ont secoué le pays durant cette période.

L'installation Public Notice 3 pousse encore plus loin le paradoxe temporel et joue avec les coïncidences historiques. Exposée à partir du 11 septembre 2010 à l’emplacement exact où fut prononcé le discours de Swami Vivekanand datant du 11 septembre 1893, l’œuvre présente de façon monumentale le texte du discours sous les traits de panneaux d’aéroport, référence explicite aux attentats du World Trade Center qui ont eu lieu le 11 septembre 2001, soit 108 ans plus tard, et qui, coïncidence, appelait justement à la fin de tout fanatisme religieux. Encore une fois, Jitish supprime la temporalité des événements, peut être pour nous souligner l’impossible évolution de l’Homme, coincé dans un cycle sans avant ni après…


Laudine Jacobée - Coco & Galago


 À très bientôt ici ou ailleurs ! 

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